La Trilogie Celtique de Jean-Philippe Jaworski

La sortie du prochain roman de Jean-Philippe Jaworski, Même pas mort, a été confirmé en aout 2013 chez les Moutons électriques– premier volume d’une trilogie, Rois du monde, qui paraitra sans discontinuer. 

Couverture par Sébastien Hayez

Selon l’auteur « Il s’agira d’une trilogie de fantasy protohistorique, ayant pour cadre la Celtique du 1er âge du fer (vers la fin du VIIe siècle avant notre ère). Le premier volume, Même pas Mort, sera suivit par, Chasse royale et La Grande Jument, prévus pour 2014 et 2015. «

L’auteur ajoute que : » Chaque partie possède une époque distincte :
I. Même pas mort : Jeunesse et enfance de Bellovèse.
II. Chasse royale : 10 ans après, une guerre celtique où le pouvoir de son oncle Ambigat, le haut roi biturige, est contesté par son fils et par les tribus vassales.
III. La Grande Jument : deux ou trois ans après la guerre, la migration qui en résulte, pour pacifier la Celtique en la vidant d’une partie de ses turbulents héros. «

Ci dessous, une conversation libre avec l’auteur de Janua Vera et Gagner la guerre sur son travail et son nouveau projet.

JeanPhilippeJaworski

De Janua Vera à Gagner la guerre, les lecteurs ont vu les marches et le cœur du Vieux royaume, et aujourd’hui il existe en soi. Avec votre éditeur vous avez renommé ces deux livres Récits du vieux royaume, est-ce que les suites exploreront d’autres parties de cet univers ?

Jean-Philippe Jaworski : Oui, et en fait, j’ai déjà commencé. Par exemple, la nouvelle intitulée Désolation (parue dans l’anthologie Victimes et bourreaux) a pour cadre le massif montagneux du Kluferfell, dans le royaume nain de Kahad Burg. A terme, j’envisage de rassembler les nouvelles que j’ai publiées dans diverses anthologies pour en faire un nouveau recueil consacré au Vieux Royaume. J’ai aussi le canevas assez détaillé d’un récit se déroulant dans les steppes de Féménie, au-delà de Sacralia, dans une zone de guerre entre les chevaliers du Sacre et les nomades bœgars. La forme finale de cette histoire reste cependant à définir. Enfin, quand j’écrirai un nouveau roman consacré au Vieux Royaume, il se déroulera dans le duché de Bromael, que l’on n’a exploré que de façon très parcellaire dans les textes publiés à ce jour.

Dans son développement, on peut y voir la démesure des histoires d’Ambregris de Jeff VanderMeer ou les profondeurs des villes Zomoniennes de Walter Moers mais aussi « d’univers collectifs » comme le cycle Yirminadingrad de Léo Henry et Jacques Mucchielli  ou d’une série comme Donjon de Lewis Trondheim, Joan Sfar et Cie ; dans cette optique peut-on imaginer d’autres auteurs écrivant sur le Vieux Royaume ?

J.P. Jaworski : Pour être franc, j’en doute fortement. Je ne suis guère partageux… Du reste, même si j’ai pas mal de choses inédites dans mes dossiers préparatoires, l’univers reste en perpétuelle élaboration, et j’aurais du mal à concilier mes idées avec celles de tiers.

Après un Gagner la guerre de plus de 700 pages, vous vous lancez dans une trilogie historique chez les Celtes, Rois du monde, comment est venu ce projet ambitieux ?

J.P. Jaworski : Il provient de très loin. Je pense que son point de départ (très inconscient) a été une expérience que j’ai vécue gamin. A  douze ans, un copain m’avait entraîné avec d’autres amis de notre âge dans un coin de forêt où, disait-il, se trouvait un « camp romain ». A l’époque, j’adorais l’histoire et la mythologie, et je l’ai donc suivi avec plaisir, tout en me disant qu’un camp romain devait avoir laissé bien peu de traces… Or, dans la futaie, nous sommes tombés sur un double rempart ; il ressemblait à deux grands talus de deux ou trois mètres de haut, alternés avec des fossés en V d’un ou deux mètres, mais le tracé était absolument évident, et d’une extension impressionnante. Je n’ai appris que plus tard qu’il s’agissait en fait d’un oppidum celtique du Ve siècle av. JC ; mais ces vestiges fabuleux, enfouis en plein bois, m’ont procuré une émotion intense. J’avais l’impression de découvrir une cité perdue, dans une forêt très familière, où j’éprouvais un sentiment de proximité avec les hommes qui y avaient vécu deux mille cinq cents ans plus tôt.

Cela a été le facteur déclenchant de mon intérêt pour le monde celtique. Je ne parle pas des Celtes insulaires et plus tardifs de Grande Bretagne, mais bien des Celtes continentaux des deux premiers âges du fer. (Ceux que l’on appelle déplaisamment « Gaulois », car le terme « Galli » est à l’origine un sobriquet dépréciatif que les Romains donnaient à des barbares qu’ils redoutaient et méprisaient.) Par un heureux coup du sort, l’archéologie du monde celtique s’est beaucoup développée depuis les années 1980. (Quand j’étais étudiant, j’ai moi-même été fouilleur bénévole, un été, sur le site qui m’avait fasciné enfant.) J’ai donc suivi avec intérêt les nombreuses publications scientifiques qui se sont multipliées à partir des années 1990, et qui réforment assez profondément tous les clichés ayant couru depuis le XIXe siècle sur les « Gaulois ». C’est au début des années 2000 que j’ai entrevu qu’il y avait là un matériau romanesque à peu près vierge, et que j’ai commencé à penser sérieusement à écrire sur le sujet.

Dans une interview précédente, vous annonciez « Pour l’instant, je collecte des données historiques, archéologiques, linguistiques et onomastiques pour traiter une épopée semi- historique. (Et non, ce n’est pas une énième variation sur Arthur !…) Ma démarche, c’est d’écrire un roman historique en adoptant le point de vue d’un personnage d’une époque lointaine, si lointaine que le monde que nous découvrirons par son regard sera beaucoup plus proche de la fantasy que de l’histoire »   Quand on parle de Celtes, la magie n’est jamais vraiment loin ?

J.P. Jaworski : Tout à fait. César notait que « tout le peuple gaulois se passionne immodérément pour les choses de la religion », que la peine la plus grave que pouvait prononcer un druide était l’interdiction de sacrifice et que le druidisme enseignait la migration des âmes, ce qui expliquait le courage des Celtes face à la mort. Les croyances celtiques ont laissé quantité de traces inconscientes dans notre société : certaines fêtes ou certains rites comme le jour des morts, les feux de la Saint-Jean ou le muguet du 1er mai (avatar de l’arbre de mai) viennent en droite ligne des rites celtiques. L’expression française qui consiste à dire « quinze jours » pour parler de deux semaines provient du calendrier nocturne des Celtes. La dentelle de sanctuaires consacrés à Notre Dame correspond probablement à la métamorphose mariale, au XIIe siècle, de cultes archaïques qui ont fini par trouver une expression syncrétique. Il suffit de comparer les statues des deae matronae antiques aux vierges romanes pour percevoir un modèle quasiment inchangé. Et la représentation de Marie assise en amazone sur un âne au cours de la fuite en Egypte ressemble de façon troublante à Epona assise en amazone sur sa jument. Ce sont ces schémas, entre autre, et leur permanence malgré leurs métamorphoses, qui donnent aux Celtes un caractère à la fois très familier et très lointain. Dans cette relation subsiste une part de magie qui n’est plus seulement religieuse, mais qui devient aussi un vertige esthétique dû à la mise en abîme de nos représentations. Et puis, bien sûr, il y a tout le folklore, la matière de Bretagne (sans oublier les romans de François Rabelais) qui ont recyclé des matériaux celtiques et qui appartiennent plus ou moins à l’imaginaire du conte. Ils contribuent à ce sentiment de magie.

 MêmePasMort-Graph

Régicide, guerres tribales, la dimension du jeu politique qui était au cœur de Gagner la guerre est aussi l’un des moteurs principaux de cette histoire ?

J.P. Jaworski : Je suis tenté de faire une réponse de Normand. Certes le volet politique sera important dans Rois du Monde. Par goût personnel, bien sûr, mais aussi parce que le monde celtique, comme les sociétés grecques, a connu un perpétuel bouillonnement politique. César affirme que chez chaque peuple gaulois, toute la société est divisée en deux partis – ce qui n’est pas sans faire penser à l’opposition entre populares et optimates à Rome. On sait que les régimes monarchiques et aristocratiques (la présence d’un sénat est attestée chez les Eduens et les Arvernes) se sont succédés au cours de crises souvent violentes chez les peuples celtes – Celtillos, le père de Vercingétorix, fut exécuté pour avoir tenté de renverser le sénat arverne, et son fils réussira ce coup de force. Toutefois, cette effervescence politique est très postérieure au cadre de mon roman, qui se déroule un demi-millénaire plus tôt. Par conséquent, si la politique est bien présente dans mon livre, elle n’est pas théorisée : elle est plus fruste, indissociable du sacré, de la famille, de la fête et de la guerre. Dans Gagner la guerre, j’ai mis en scène des politiques machiavéliques, c’est-à-dire des théoriciens et des stratèges d’un cynisme décomplexé. Dans Rois du Monde, la souveraineté est définie (et contrainte) par les coutumes d’une société héroïque.

La trilogie va-t-elle sortir à la suite ou sera-t-elle entrecoupée d’autres textes ?

J.P. Jaworski : À part de rares nouvelles dans quelques anthologies, la trilogie doit être écrite sans interruption. Je travaille actuellement sur Chasse royale, le deuxième volume de Rois du Monde.

Que lisez-vous en ce moment, qu’est-ce qui vous inspire ?

J.P. Jaworski : En ce moment, je lis Au-delà de la planète silencieuse de C.S. Lewis, qui me déçoit d’autant plus que j’avais beaucoup aimé Un visage pour l’éternité. Je viens de relire Salammbô en parallèle avec une partie de la correspondance de Flaubert ; je persiste à voir chez Flaubert, malgré son épuisant travail de recherche et son désir d’exactitude historique, un grand précurseur de l’heroic fantasy, un écrivain complètement barré et terriblement romantique. Je me documente pas mal sur le monde grec, aussi, parce que les sociétés ionienne et celtique ont connu des contacts beaucoup plus précoces que ceux entre Celtes et Romains. Bien que ce livre possède des aspects assez datés, j’ai lu récemment avec grand plaisir La Grèce au temps de Périclès, de Robert Flacelière. C’est un des ouvrages qui fournissent une des reconstitutions les plus vivantes du quotidien d’un Athénien de la période classique. Et sur ma table de chevet m’attend le dernier livre de Philippe Walter, Gauvain, le chevalier solaire, que je vais lire avec une grande curiosité parce que le neveu d’Arthur est le chevalier de la Table ronde que je préfère.

Découvrir la quatrième de couverture de « Même pas mort »

ICI

News issue de Elbakin : Jean-Philippe Jaworski évoque “Même pas mort”

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5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Aurore Pupil dit :

    ça a l’air bien sympathique. Merci🙂

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  2. egouvernaire dit :

    Avec plaisir ! Je suis impatient de lire son prochain roman, son précédent était vraiment très bon🙂

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  3. J’ai toujours aimé les récits de cette époque-là ….
    La musique Celtique me touche beaucoup …

    Merci pour le partage …
    Amitié

    Manouchka

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  4. Lilililas dit :

    J’aime bien l’ambiance celtique !
    Belle journée – Lili

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    1. egouvernaire dit :

      Harpe et hydromel 😉

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