Le Syndrome de la Schtroumpfette !

Le Principe de la Schtroumpfette est la tendance qu’ont les oeuvres de fiction à ne comprendre qu’un seul personnage de sexe féminin parmi un ensemble de personnages masculins, malgré le fait que la moitié de l’humanité soit composée de femmes.

Le Principe de la Schtroumpfette a été nommé il y a vingt ans par Katha Pollitt, lorsqu’elle a remarqué qu’il y avait un nombre disproportionné de personnages masculins dans la programmation à destination des enfants – voici quelques estimations tirés de films d’animations récent produits notamment par Dreamworks, Pixar, Disney – source : Les brutes de Télé-Québec.

Une rare exception à ces observations de 2015, le film Snoppy et les Peanuts

Principe-Schtroumpfette-00

Même dans la programmation adulte, lorsqu’une femme fait partie des personnages principaux d’un film ou d’un show télévisé, elle est généralement seule dans un groupe d’hommes- en moyenne, il y a 30% de femme.

Principe-Schtroumpfette-08

Ces données quantitatives – prises seules – sont bien entendues insuffisantes pour juger du féminisme ou du machisme d’une oeuvre. Mais ces chiffres sont utiles pour interpeller et éveiller les consciences sur le fait que ce Principe s’applique à une majorité d’oeuvres et qu’il est un Principe dominant largement banalisé  (Notamment : BD,  Film & Série, Jeux Vidéos) – même s’il existe de nombreux personnages féminins et féministes dans la pop culture, comme par exemple:

7 Dragon Ladies – Introduction

Dans cet épisode introductif, Les 7 Dragon ladies battent le rappel de leurs troupes, pour vous présenter leur plus grandes guerrières. Héroïnes féministes de la culture pop asiatique, laissez-vous séduire par les Dragon LadiesUne série de Julien Dupuy.

On remarquera d’ailleurs, si vous regardez tous les modules de cette série,  que bons nombres de représentations se soumettent à une imaginaire typiquement masculin et que j’avoue grandement apprécier dans certain cas.

C’est que ce *Schtroumphénomène* est difficile et complexe à  combattre –  car il ne suffit pas d’instaurer une égalité de genre dans les récits – ni même d’instaurer un personnage féminin principale – ce serait bien naïf de le croire en tout cas. C’est d’ailleurs suffisamment compliqué pour que la question face polémique au dernier Festival de la BD  d’Angoulême (2016).

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En effet, plus qu’un principe, la Schtroumpfette est l’un des nombreux symptômes de la Domination Masculine auquel nous sommes soumis depuis l’enfance,  que nous soyons un homme ou un femme, et qu’il est difficile de s’en soustraire tant elle fait partie de nos bagages culturels et sociétales, mais aussi pour reprendre les mots de Pierre Bourdieu, cette forme de soumission est présente partout :

dans des instances telles que l’Ecole ou l’Etat, lieux d’élaboration et d’imposition de principes de domination qui s’exercent au sein même de l’univers le plus privé, c’est un champ d’action immense qui se trouve ouvert aux luttes féministes, ainsi appelées à prendre une place originale, et bien affirmée, au sein des luttes politiques contre toutes les formes de domination- Pierre Bourdieu

Ghostbusters de Ivan Reitman (1984) : la domination masculine
Ghostbusters de Ivan Reitman (1984) : tout le charme de la domination masculine

#Virginia Woolf

Plus qu’une proportion égale des genres entre les personnages, c’est le traitement qu’on leur accorde qui compte, et le rapport des hommes autant que des femmes face à cette Domination  Systémique  – et pour citer à nouveau Pierre Bourdieu :

Et j’ai aussi toujours vu dans la domination masculine, et dans la manière dont elle est imposée et subie, l’exemple par excellence de cette soumission paradoxale, effet de ce que j’appelle la violence symbolique, violence douce, insensible, invisible pour ses victimes mêmes, qui s’exerce pour l’essentiel par les voies purement symboliques de la communication et de la connaissance – ou, plus précisément, de la méconnaissance, de la reconnaissance ou, à la limite, du sentiment.

Ghostbusters Paul Feig (2016) : la revanche des filles
Ghostbusters de Paul Feig (2016) : Girl Power ou la revanche des filles🙂

Pour approfondir la question de minorité et de la domination masculine, à lire cet article de Pierre Bourdieu  paru dans le Monde Diplomatique en 1998 : De la domination masculine.

La domination masculine est tellement ancrée dans nos inconscients que nous ne l’apercevons plus, tellement accordée à nos attentes que nous avons du mal à la remettre en question. Plus que jamais, il est indispensable de dissoudre les évidences et d’explorer les structures symboliques de l’inconscient androcentrique qui survit chez les hommes et chez les femmes. Quels sont les mécanismes et les institutions qui accomplissent le travail de reproduction de l’« éternel masculin » Est-il possible de les neutraliser pour libérer les forces de changement qu’ils parviennent à entraver ? Pierre Bourdieu

Heureusement, Snoopy est là pour tous nous réconcilier🙂

Snoopy et les Peanuts, de Steve Martino (2015)

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Un constat alarmant qui donne à réfléchir, un article fort bien documenté.
    Merci pour ce partage.

    Aimé par 1 personne

    1. egouvernaire dit :

      Merci à vous. Je pense malgrés tout qu’il y a du mieux et que la prise de conscience est en cours🙂

      Aimé par 1 personne

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